Femmes & agriculture dans les pays en développement

14 octobre 2015

INTERVIEW DE MARINA OGIER

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Marina Ogier est responsable des programmes « Amérique latine Caraïbes » chez CARE France. Elle nous en dit plus sur la place des femmes dans l’agriculture dans les pays en développement.

QUE PEUT-ON DIRE DES CONDITIONS DE VIE DES FEMMES EN MILIEU RURAL ?

Les femmes, plus isolées en milieu rural, ont moins d’opportunités. Victimes de discriminations, elles n’ont pas le même accès aux ressources et aux moyens de production, en particulier à la terre et aux outils et techniques améliorées pour cultiver. Quand elles y ont accès, elles n’en ont souvent pas le contrôle.

Au Bénin par exemple, la loi permet aux femmes d’accéder à la propriété foncière mais dans les faits, les pratiques du droit coutumier les en empêchent. Ainsi, quand leur époux meurt, elles ne reçoivent souvent pas sa terre en héritage et peuvent avoir à quitter leurs champs du jour au lendemain.

Les femmes n’ont pas non plus accès aux formations techniques ni à l’information, qui leur permettrait notamment d’anticiper les évènements météorologiques. Ceci ne leur donne pas les moyens de s’adapter aux changements climatiques !

QUEL RÔLE OCCUPENT-ELLES DANS LE MILIEU AGRICOLE ?

La répartition traditionnelle des rôles fait que les femmes se concentrent sur la production vivrière. La production agricole des femmes est donc avant tout destinée à la consommation de la famille, et est peu commercialisée, sauf en cas d’excédents. Contrairement aux hommes dont la production agricole, réalisée sur des parcelles plus grandes, est souvent destinée à la vente, les femmes génèrent ainsi peu de revenus de leur activité agricole.

Leur rôle est pourtant primordial car ce sont elles qui assurent la sécurité alimentaire de leur famille. Prenons un exemple très concret : au Bangladesh, des chercheurs ont constaté qu’en 4 ans, le retard de croissance des enfants avait diminué de 28 %. Ils ont montré que ce phénomène était dû à l’autonomisation des femmes. Les femmes de la région, qui avaient développé des activités génératrices de revenus, avaient en effet réinvesti leurs revenus afin d’améliorer la sécurité alimentaire de leur famille.

QUELS SONT LES SAVOIR-FAIRE APPORTÉS PAR LES FEMMES ?

Les femmes cultivant sur de petites parcelles (jardins de case ou jardins communautaires), elles savent optimiser CARE Nigerl’espace pour l’exploiter au maximum. Plus que les hommes qui travaillent souvent en monoculture sur de plus grandes surfaces, elles sont attentives à diversifier les productions pour limiter les risques et s’adapter au mieux au calendrier agricole.
Elles ont aussi un savoir-faire particulier pour identifier, conserver et diffuser les semences.
En Équateur par exemple, CARE réhabilite les semences traditionnelles, plus résistantes et plus aptes à s’adapter à des facteurs climatiques changeants. Les femmes sont au premier plan, car ce sont elles qui maîtrisent la connaissance de ces semences.

Les femmes ont également développé des compétences pour transformer la production agricole. En Haïti par exemple, les femmes transforment les fruits invendus en confiture pour éviter les pertes lors des pics de production.

COMMENT FAIRE FACE AUX DISCRIMINATIONS QU’ELLES SUBISSENT ?

CARE NigerPour qu’il y ait un changement, et que ce changement soit pérenne, CARE mène une double approche en travaillant à la fois à l’empowerment des femmes et à l’engagement des hommes.

Ces deux aspects sont indispensables pour obtenir des effets dans la durée : l’un n’est pas valable sans l’autre.

CARE travaille avec les groupements de femmes pour renforcer leurs capacités et les aider à se mobiliser de façon collective. Souvent analphabètes en milieu rural, elles ne connaissent pas leurs droits, ni le cadre législatif qui peut leur être favorable.
En parallèle, CARE travaille avec les leaders traditionnels, pour les inciter à changer les fonctionnements coutumiers.

COMMENT ACCOMPAGNER LES FEMMES DANS LEUR ACTIVITÉ AGRICOLE ET LES AIDER À ACCÉDER AUX RESSOURCES ?

L’accès à la terre, restreint pour les femmes, peut être facilité par l’organisation en groupements féminins qui permet de cultiver des terres plus grandes. Il faut apporter aux femmes un appui technique pour améliorer leur production grâce à la mise en place de pratiques agricoles adaptées : l’agro-écologie, l’agro foresterie, les cultures associées…

Au Niger, CARE a par exemple accompagné les femmes dans la mise en place de cultures de légumineuses, qui améliorent la fertilité des sols. La diversification des cultures est aussi une pratique qui permet de limiter les risques, chaque culture étant plus ou moins résistante à un contexte climatique. Elle permet aussi de diversifier l’alimentation des familles. Ces pratiques respectueuses de l’environnement permettent d’optimiser le travail sans dépendre des intrants chimiques, très chers pour les populations pauvres et nocifs pour l’environnement.

Faciliter l’accès des femmes aux marchés est également essentiel pour leur permettre de tirer davantage de revenus de leurs activités. Au Mali par exemple, CARE accompagne les femmes dans la commercialisation de leur production, notamment le long des axes routiers.

Une des priorités est également de permettre aux femmes d’accéder aux financements et au crédit. Un des axes très fort de CARE dans tous les pays où nous travaillons est la mise en place de groupements solidaires d’épargne et de crédit, qui permettent aux femmes de se constituer une assise financière qui limitera l’impact des chocs qu’elles subissent : même si une récolte est mauvaise, elles pourront rebondir grâce à leur épargne.

Femme et environnementIl faut aussi permettre aux femmes d’accéder à des activités porteuses qui ne leur sont pas traditionnellement destinées, comme à Cuba, dans un projet de CARE financé par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici. Les femmes ont réussi à devenir chefs d’exploitation dans le secteur très machiste de l’élevage bovin. Elles sont accompagnées pour accéder à des formations de qualité, pour renforcer leurs compétences et accéder aux prises de décision dans les coopératives. Elles pénètrent ainsi un secteur qui leur était fermé.

Crédits photos : CARE projet à Cuba, soutenu par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici, projet en Équateur et projet au Niger.

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