A la rencontre des femmes maçons de Pantanal

11 mars 2016

Mathilde Bois Dubuc, Déléguée Générale de la Fondation RAJA-Danièle Marcovici, est allée à la rencontre des femmes maçons du quartier de Pantanal, un bidonville situé à la périphérie de Granada au Nicaragua. Avec l’appui d’Habitat Cité et de son partenaire local, ces femmes se mobilisent pour améliorer leur habitat, leur quartier et leurs conditions de vie.

Partager










Envoyer

LE QUOTIDIEN DES FEMMES DE PANTANAL

Une femme et son enfantDans le bidonville de Pantanal, près de 2 000 familles vivent dans des habitats précaires, le plus souvent des cabanes faites de quelques planches de bois et de tôles. La situation est tout particulièrement difficile pour les femmes, en majorité des mères célibataires, qui doivent se battre chaque jour contre les stéréotypes et les violences dont elles sont victimes dans une société encore très patriarcale. « Fortement touchées par le chômage, elles n’ont pas ou très peu de revenus. Pour faire vivre leur famille, elles développent de petites activités comme la vente de vêtements ou de nourriture en porte à porte » explique Mathilde Bois Dubuc, Déléguée Générale de la Fondation.
Habitation faite de taules

AMÉLIORER LA VIE DES FEMMES GRÂCE À LA CONSTRUCTION EN TERRE CRUE

L’association française Habitat Cité et son partenaire nicaraguayen, la « Casa de la Mujer » (la Maison des Femmes), agissent ensemble depuis 2004, afin de donner aux femmes de ce quartier les moyens de défendre leurs droits et d’améliorer leur quotidien, et notamment leur habitat. Plusieurs femmes ont ainsi été formées à la construction en adobe (terre crue), une technique de construction locale, ancestrale et écologique. Ce projet est soutenu par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici depuis 2012.

« Les femmes ont d’abord été formées à la fabrication des briques. Elles ont ensuite appris à construire des maisons, puis à faire des enduits. Un certain nombre d’entre elles ont construit leur maison de leurs propres mains. Certaines sont même devenues formatrices, et accompagnent maintenant d’autres femmes du bidonville qui souhaitent à leur tour construire leur maison.» explique Mathilde Bois Dubuc.
Maisons en adobe30 maisons en adobe ont ainsi déjà été construites. Ces femmes sont aujourd’hui autonomes dans la réalisation de leur projet d’habitat.

Antonia, l’une des femmes formées, est fière d’avoir pu construire sa maison, un endroit sécurisant pourDes femmes qui vont construire leur maison ses quatre enfants : « Avant nous avions une maison en bois, elle était en très mauvais état : l’eau passait, tout était en désordre. Ma maison a été le plus grand changement de ma vie. Pendant 3 mois, j’ai tout appris sur la fabrication des briques en terre. Et puis après nous avons mis un mois pour construire la maison. La première nuit qu’on a passée dans la maison, aucun de nous n’a pu dormir tellement on était très heureux. On croyait que c’était un rêve. ».

Antonia ajoute : « Ici on peut s’en sortir, nous les femmes, et être quelqu’un dans la vie. ». Car ce projet ne permet pas seulement aux femmes de construire des maisons, il leur donne également les moyens de bâtir leur avenir. En prouvant que les femmes sont tout à fait capables de réaliser un métier jusque-là réservé aux hommes, ce projet contribue à faire changer les mentalités et à lutter contre les stéréotypes.

UNE NOUVELLE ÉTAPE : LES FOURS ÉCOLOGIQUES

En 2014, une nouvelle phase du projet a été lancée, toujours avec le soutien de la Fondation. Les femmes ont été formées à la construction de cuisinières écologiques en adobe.
« Jusque-là, les femmes cuisinaient sur des installations de fortune, en général un feu entourés de trois pierres sur lesquelles elles posent leur casserole. Des installations dangereuses à cause des risques de brûlures et d’inhalation de fumée », rappelle Mathilde Bois Dubuc.
Ces nouveaux fours écologiques permettent aux femmes de limiter leur consommation de bois et les émissions de gaz à effet de serre.

Grâce à son nouveau four, Juana a développé sa petite activité de fabrication et de vente de tortillas :
« Je peux économiser de l’argent car j’utilise moins de bois pour le four. Il y a aussi moins de fumées qui sont mauvaises pour la santé. Je fabrique plus rapidement mes tortillas, et grâce au temps que je gagne, je peux participer à d’autres activités pour gagner de l’argent, et aussi pour la communauté ».

Habitat Cité et la Casa de la Mujer souhaitent répliquer ces formations dans d’autres bidonvilles en périphérie de Granada, mais également en zone rurale. « Ces projets permettent de pénétrer le quartier, de gagner la confiance de la communauté avant d’y développer d’autres actions, notamment en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes. », explique Annabella Orange, Directrice d’Habitat Cité.

En savoir plus :

Restez informés

Je m'abonne à la newsletter