Interview

Interview de Diariou SOW (GAMS Belgique) – Accompagner, prévenir, reconstruire : l’engagement du GAMS Belgique contre les mutilations génitales féminines

À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF), la Fondation RAJA-Danièle Marcovici donne la parole à Diariou Sow, présidente de l’association GAMS Belgique, engagée pour l’abolition de ces pratiques. Arrivée en 2011 en Belgique en tant que mineure non accompagnée, le chemin de Diariou Sow croise celui du GAMS et elle décide de participer aux activités de l’association. Elle prend part aux différents ateliers et se forme ensuite en tant que relais communautaire. Après avoir été plusieurs années membre de l’organe d’administration, Diariou Sow est désormais la présidente du GAMS Belgique depuis 2022. Originaire de Guinée Conakry, elle est assistante sociale au CPAS de Schaerbeek et activiste contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF). Également excisée, Diariou se reconstruit aujourd’hui et s’engage à lutter contre les MGF et toutes les formes de violences faites aux femmes. 

6 février 2026

Les mutilations génitales féminines concernent encore aujourd’hui des milliers de femmes et de filles en Europe et constituent une violation grave des droits humains. En Belgique, comment cette réalité se traduit-elle concrètement, et que trouvent les femmes lorsqu’elles poussent la porte du GAMS pour être informées, protégées et accompagnées, dans le respect de leur histoire, de leur langue et de leurs besoins ? 

 En Belgique, on estime à 23.000 le nombre de filles et femmes ayant vécu une mutilation génitales féminines vivant sur le territoire et à 12.000 le nombre de filles à risque d’être excisée si aucun travail de prévention n’est fait. 

 La Belgique a une loi qui punit les mutilations génitales féminines depuis 2001. Bien qu’il n’y ait pas eu de procès en Belgique comme en France, on l’utilise plutôt comme un outil de prévention, on dit aux parents : 

il y a une loi en Belgique qui protège les enfants de l’excision et vous pouvez utiliser cette loi pour dissuader les membres de votre famille qui sont favorables pour continuer cette pratique. 

 Au GAMS Belgique on effectue un travail de prévention pour éviter les excisions lors d’un retour au pays pendant les vacances. Nous travaillons avec les familles concernées, les femmes, autant que les hommes et les jeunesNous effectuons également un travail d’accompagnement pour les filles et les femmes qui ont déjà subi une excision. Nous avons la chance d’avoir une équipe multidisciplinaire : travailleuse interculturelle, assistante sociale, psychologue, sage-femme, juriste,… La richesse du GAMS c’est aussi de pouvoir accompagner les personnes dans leur langueDans l’équipe, sur 25 personnes, il y a 17 nationalités différentes ! 

 Moi-même, j’ai pu bénéficier de cet accompagnement sur mesure au GAMS. J’ai participé aux activités en tant que demandeuse de protection internationale, puis j’ai suivi la formation de relais communautaire bénévole, je suis entrée au conseil d’administration et je suis maintenant la présidente de l’association depuis 2022 ! 

 

Le projet soutenu par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici renforce l’accompagnement psychologique des femmes victimes de mutilations génitales féminines, à travers un suivi individuel mais aussi des groupes de soutien et des ateliers thérapeutiques. En quoi cette approche à la fois individuelle et collective est-elle essentielle dans un parcours de reconstruction, pour permettre aux femmes de reprendre confiance en elles, de rompre l’isolement et de retrouver leur pouvoir d’agir, et quels effets concrets observez-vous chez les femmes accompagnées ? 

 

Il est aussi intéressant, au sein d’une même institution, de pouvoir proposer des offres de soins diversifiées afin de répondre au mieux aux besoins des personnes concernées. 

Le collectif, lorsqu’il existe, a une valeur forte. C’est un type d’activité particulièrement connu et apprécié des femmes, car il répond à un besoin souvent exprimé : celui de se retrouver entre femmes ayant traversé des parcours ou des histoires de vie similaires. Si ces expériences se ressemblent parfois, elles restent toujours singulières. Pourtant, le simple fait de se rassembler permet de constater que l’on n’est pas seule à vivre certaines difficultés, que d’autres femmes ont été confrontées à des situations comparables, et que leur expérience peut inspirer, éclairer ou rassurer. 

La force du collectif réside dans cet apprentissage mutuel. Les participantes y mettent en avant leur expérience personnelle non pas comme un témoignage, mais comme une expertise du vécu, qu’elles partagent pour transmettre, soutenir et renforcer les autres. Dans ce cadre, parfois se développe une forme de sororité, un sentiment d’appartenance.   

Même à travers des histoires venues de pays ou de contextes très différents, on perçoit des points communs : des expériences universelles liées à la condition des femmes dans le monde. Le groupe devient alors un véritable laboratoire de prise de conscience et d’émancipation collective. 

 L’accompagnement individuel, quant à lui, offre un autre espace, plus intime. Certaines femmes préfèrent cette modalité, choisissant de ne pas participer à un collectif pour éviter d’être ramenées à des expériences douloureuses ou à des jugements issus de contextes proches du leur. Dans cet espace confidentiel, elles peuvent aborder librement ce qu’elles préfèrent taire en groupe ; c’est un lieu de parole protégée, où la confiance personnelle et la discrétion priment. Nous constatons que même si la plupart disent qu’elles n’ont pas été habituées à parler d’elle, l’espace individuel est essentiel pour qu’elles aient des personnes témoins de ce qu’elles ont vécu. Des personnes qui puissent écouteleurs différents parcourssans interrompre et en toute bienveillance,. 

 Finalement, les approches individuelle et collective ne s’opposent pas : elles se complètent. Chacune répond à des besoins différents dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique global.  

 Ce que nous constatons comme effet sur leur bien-être et leur santé mentale est multiple. Elles nous disent qu’elles développent un sentiment d’appartenance, qu’elles ont une meilleure estime d’elles-mêmes et une meilleure confiance en elles-mêmes, qu’elles se sentent plus en sécurité, elles retrouvent sérénité et témoignent de moins de confusion. Certaines disent retrouver joie et plaisir.   

 

Pour lutter durablement contre les mutilations génitales féminines, le rôle des pouvoirs publics est central. Quelles actions concrètes vous semblent aujourd’hui prioritaires pour mieux prévenir ces violences, protéger les femmes et les filles, et soutenir le travail des associations de terrain ? 

 

Le financement structurel et pérenne des associations reste la priorité. En Belgique, comme en France, les associations de terrain ont vu une réduction de leur budget. Certaines associations qui aident les personnes migrantes ont dû fermer leur porte faute de moyens. Au GAMS, on résiste, même si on a dû malheureusement réduire l’équipe fin 2025, nous restons mobilisés. La coopération public-privé dans le financement des actions est plus que jamais d’actualité.  

L’approche communautaire, pouvoir travailler au sein d’une équipe multiculturelle et multidisciplinaire est aussi la clé de la réussite afin de rester proche des besoins des familles que l’on accompagne. 

Sensibiliser les garçons et les filles dès le plus jeune âge aux inégalités, stéréotypes de genre est la base de tout programme de lutte contre les violences faites aux femmes et nous pensons qu’il est primordial d’engager les hommes aussi dans ces luttes avec les femmes. 

 

Propos recueillis par Sabrina Foyen, Chargée de communication à la Fondation RAJA-Danièle Marcovici.

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