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Interview de Petra Sevcikova : création de la norme ISO 53800 consacrée à l’égalité de genre

Petra Sevcikova est Cheffe de projet Normalisation au Département Transitions Durables et Sociétales d’AFNOR Normalisation. Elle est également responsable du comité international qui a élaboré la première norme ISO, proposant des lignes directrices pour aider les entreprises et autres organisations à mettre en œuvre l’égalité entre les femmes et les hommes.

Cadre juridique Gouvernance

4 octobre 2024

Pour la première fois dans le monde, une norme ISO (53800) est consacrée à l’égalité de genre. Dans quel contexte cette norme a-t-elle été adoptée ?

Créée fin 2021, la Commission de normalisation française sur l’égalité entre les femmes et les hommes a proposé en décembre 2021 le texte de travail de la future norme internationale. Ce projet se déroule en deux étapes. Dans un premier temps, un référentiel français (AFNOR SPEC) a été élaboré avec les acteurs français. Ce référentiel a ensuite été porté par la France au niveau international et a placé la France au cœur de la normalisation internationale sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

L’égalité entre les femmes et les hommes est l’un des Objectifs de développement durable des Nations Unies (numéro 5) adoptés en 2015 pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité d’ici à 2030. Grâce à cela, de grands progrès ont été réalisés en matière d’égalité au cours des dernières décennies, mais le monde n’est toujours pas sur la bonne voie pour atteindre pleinement l’égalité d’ici 2030. La situation défavorable aux droits des femmes et des filles a été encore accentuée par la crise de la COVID-19. C’est pourquoi les membres de la commission française, ainsi que les participants de tous les membres nationaux volontaires engagés dans le comité ISO, ont voulu développer ensemble des mesures à l’échelle internationale.

La normalisation permet de compléter un arsenal de documents déjà existants et de renforcer les mesures pour limiter et lutter contre les violences et les vulnérabilités contre les femmes et les filles. Cette ambition française visait à apporter une réponse transversale, sensibiliser et faire progresser collectivement les enjeux de l’égalité.

L’objectif était de partager les réflexions et bonnes pratiques identifiées à l’international et de travailler avec les organismes de normalisation du monde entier participant à l’ISO. Il s’agit d’un processus participatif, représentatif et consensuel visant à garantir que les recommandations puissent être mises en œuvre par une grande variété d’organisations, dans des contextes internationaux variés et évolutifs.

Pour être précis, le titre de la norme ISO 53800 est « Lignes directrices relatives à la promotion et à la mise en œuvre de l’égalité entre les femmes et les hommes et à l’empouvoirement des femmes ». Les auteurs reconnaissent l’existence d’autres identités de genre, mais le choix collectif a été de se concentrer sur les inégalités engendrées par la hiérarchisation des rôles genrés entre femmes et hommes, en raison de leur caractère structurant dans la société.

 

Pouvez-vous nous expliquer la signification du nom complet de cette norme ? Quel en est le contenu ?

Cette norme est volontaire et propose un cadre de référence méthodologique, des lignes directrices, des définitions, des procédures et des outils aux organisations publiques et privées, quels que soient leur taille, leur localisation et leur domaine d’activité. Elle vise à accompagner des progrès durables en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

Le document présente des étapes pour établir un état des lieux de l’égalité au sein des organisations, aborde des sujets clés comme le leadership des femmes, les bonnes pratiques de télétravail et la budgétisation sensible au genre.

 

Quel effet cette norme peut-elle avoir à l’échelle nationale, internationale et au sein des organisations ?

La norme est le fruit de discussions entre acteurs internationaux et repose sur un consensus au sein des groupes de travail ISO. Son élaboration a permis des échanges entre des membres de tous les continents. Il s’agit d’un document souple, lisible et utilisable par toutes les organisations.

En appliquant ses recommandations, une organisation peut mettre en œuvre une stratégie solide, fondée sur l’expertise internationale. La norme répond à une demande d’outils concrets et propose une méthodologie opérationnelle en plusieurs étapes. Elle s’adapte à tous les niveaux de maturité.

Les organisations débutantes y trouveront un plan d’action structuré, tandis que les structures déjà engagées pourront approfondir et améliorer leurs pratiques.

 

Pouvez-vous donner des exemples concrets de mesures qu’une entreprise peut mettre en place pour garantir l’égalité femmes-hommes en interne ?

La norme propose des bonnes pratiques permettant une mise en œuvre rapide. Elle aide notamment à établir un diagnostic, impliquer les parties prenantes, identifier les obstacles et mettre en place des actions concrètes.

Elle accompagne aussi la prévention, la détection et la réponse aux violences basées sur le genre, ainsi que l’amélioration continue des pratiques internes.

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