Interview croisée des associations Solidarité Femmes 13 & Marseille Solutions : le sport au centre de la reconstruction des femmes
Margaux Barou est chargée de projet pour l’association Solidarité Femmes 13 qui accompagne les femmes victimes de violences et leurs enfants. En collaboration avec Marseille Solutions et Colombe Pigearias, l’association s'engage à promouvoir l'émergence d'initiatives sociales dans la région. Ensemble avec l’UCPA, ils ont co-construit le projet “Quadrathlon des femmes” où le sport est au centre du processus de reconstruction et de réinsertion socio-professionnelle des femmes bénéficiaires.
29 avril 2024
- Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre association ?
Margaux Barou : Je m’appelle Margaux Barou, je suis chargée de projet pour l’association Solidarité Femmes 13 et je m’occupe du projet Quadrathlon. Créée en 1976 à Marseille, Solidarité Femmes 13 est une association qui accompagne les femmes, et leurs enfants, victimes de violences conjugales ou sexuelles dans le département des Bouches-du-Rhône. Elle est structurée autour de plusieurs services : l’accueil, l’écoute, l’accompagnement des victimes, l’hébergement, l’aide dans l’accès au logement, l’accompagnement psychologique, la formation de professionnel.les.
Colombe Pigearias : Je m’appelle Colombe, je travaille depuis 4 ans chez Marseille Solutions, une association qui favorise l’émergence d’initiatives sociales et environnementales sur le territoire marseillais en s’appuyant sur les ressources et compétences locales et en formant des alliances stratégiques, comme c’est le cas ici entre UCPA et Solidarité Femmes 13.
- Dans vos projets, comment utilisez-vous le sport pour favoriser l’égalité, l’éducation et la reconstruction ?
Margaux Barou : Nous utilisons le sport dans le cadre du projet Quadrathlon comme outil de reconstruction et de remobilisation socio-professionnelle pour les femmes victimes de violences.
On utilise le sport à la fois pour ses bienfaits physiques et psychiques mais aussi pour ses valeurs comme le collectif et le dépassement de soi afin de développer les “compétences douces”.
Le Quadrathlon des femmes est co-construit avec l’UCPA et Marseille solutions pour répondre aux besoins des femmes bénéficiaires : se réinsérer socio-professionnellement après avoir été isolées suite aux violences et se reconstruire mais également dans l’optique des JO à Marseille en 2024.Colombe Pigearias : Marseille
Colombe Pigearias : Marseille Solutions a déjà participé à monter des projets pour favoriser l’inclusion et l’insertion des femmes, notamment “Des Etoiles et des Femmes” qui existe aujourd’hui dans 12 villes en France. C’est un sujet essentiel qui nous anime. Ce projet est né d’un double constat : celui de la sous-représentation des femmes dans le monde sportif (sur les terrains, et au niveau des instances de direction) et celui de la nécessité de soigner les blessures physiques et psychologiques qui entravent le corps des femmes victimes de violences conjugales.
L’UCPA nous a partagé sa volonté de participer à rendre le sport plus accessible, notamment au public féminin encore trop peu représenté dans certaines disciplines. Par ailleurs, nous échangions avec Solidarité Femmes 13 sur des nouveaux formats d’intervention auprès des femmes pour favoriser leur insertion professionnelle (et au moment de la réflexion des femmes avaient été hébergées à la Commanderie de l’Olympique de Marseille pendant le Covid). Nous avons pensé que les deux structures auraient beaucoup à apprendre et à s’apporter l’une et l’autre. L’UCPA s’est montrée volontaire pour accueillir et encadrer ce nouveau public et encourager ses moniteurs pas forcément sensibles ou formés sur le sujet, à y prendre part pour monter en compétences. Solidarité Femmes 13 a intégré cette d’offre d’activité à ses parcours d’accompagnement social et sensibilisé son personnel aux bienfaits du sport.
- Quel impact a le sport sur les bénéficiaires ?
Margaux Barou : On observe des changements concrets. Le sport permet d’amener un bien-être physique et psychologique mais aussi de créer du lien social, de prendre du temps pour soi et de faire des rencontres. Au niveau de l’insertion professionnelle, cela aide beaucoup. Une femme que nous avons accompagnée a par exemple redécouvert la voile et est aujourd’hui monitrice de voile grâce au projet Quadrathlon.
Colombe Pigearias : L’impact a été très fort. C’est un projet à taille humaine qualitatif et co-construit. Tout le monde donne du temps, s’investit et cela produit un impact très positif. Les sports ont été choisis spécifiquement pour ce public car ils répondent à des besoins physiques et psychiques. Par exemple, l’équitation aide à réduire les angoisses, les difficultés de communication grâce aux bénéfices de la rencontre avec l’animal. Le foot, qui est un sport collectif, permet de reprendre confiance en soi, de briser l’isolement et de faire équipe. Pour les arts martiaux, c’était plus délicat. L’utilisation d’armes/techniques de combat a dérangé certaines des bénéficiaires malgré l’approche très philosophique de l’intervenant. Une participante n’a pas souhaité poursuivre l’activité mais est restée observer. Aujourd’hui, elle revient sur cette expérience avec fierté, en disant que ce cours lui a permis de dire non à la violence dans sa vie, et ainsi de reprendre le pouvoir sur ses choix. En début et en fin de chaque session, il y a des temps d’échanges entre participantes et moniteurs sportifs pour lever les freins, les stéréotypes mais aussi revenir sur l’expérience, le vécu.
- Quel impact les Jeux Olympiques auront sur votre association ?
Margaux Barou : Globalement les JO mettent en lumière des projets liés aux femmes et au sport et c’est une belle initiative.
Colombe Pigearias : Le projet a eu beaucoup d’attention et une forte reconnaissance liée au sport et l’approche des JO mais les pouvoirs publics sont aussi enclins en ce moment à soutenir des initiatives qui luttent contre les discriminations femmes-hommes.
Témoignage de Sarah, bénéficiaire de Solidarité Femmes 13
- Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Sarah, j’ai 43 ans, je suis secrétaire de direction et actuellement à la recherche d’un emploi.
- Pratiquiez-vous du sport avant d’être accompagnée par Solidarité Femmes 13 ?
Dans ma jeunesse, j’ai pratiqué énormément de sport car j’étais gymnaste aux barres asymétriques. J’ai été jusqu’aux championnats de France, puis plus rien. Cela faisait 20 ans que je n’avais pas pratiqué avant le projet de Solidarité Femmes 13.
- Qu’est ce que la pratique du sport et l’accompagnement de l’association Solidarité Femmes 13 a changé pour vous ?
Cela m’a apporté plus de confiance en moi. Je sentais que j’avais besoin d’une activité sportive mais seule je n’y arrivais pas. L’association et le fait d’être en équipe m’a beaucoup motivée et apporté. Surtout l’équitation où j’ai pu battre ma peur du vertige.
- Que diriez-vous à quelqu’un qui vient de rejoindre le programme et qui a peur de se lancer lors des activités ?
Je commencerais par lui dire de ne pas avoir peur. C’est une belle initiative et en tant que femme, on peut se soutenir. Il n’y a aucune appréhension ni peur à avoir.
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